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La pipe brisee du barbu blanc by ~munchou:iconmunchou:



La pipe brisée du barbu blanc
Une nouvelle de Noël 2007



« Cher Père Noël,
Je voudrais pour ma maman et moi du bois pour nous chauffer, et une jolie peluche toute douce avec une couverture bien chaude pour ma petite soeur qui a attrapé des microbes. Ca fait plus d’une semaine qu’elle est malade et maman ne peut pas l’emmener chez le médecin parce qu’on n’a pas beaucoup d’argent. On vit dans un village pas très loin de la ville, mais comme on est pauvres on ne peut pas se déplacer comme on le souhaiterait. Je sais que parfois je ne suis pas très sage et que je devrais être plus gentil avec ma maman, mais s’il te plaît Père Noël ne nous abandonne pas. »


Voilà la lettre que j’ai retrouvée dans un vieux coffre poussiéreux. Du moins ce qu’il en reste, car tout a été bouffé par l’humidité et le temps. Après toutes ces années, pensez-vous ! J’avais 10 ans lorsque j’ai naïvement écrit cette lettre. A y repenser, ça partait d’un bon sentiment. Je pensais d’abord à ma soeur et ma mère avant de penser à moi. Quel petit ange, comme c’est mignon... Je plaisante, ceci n’est pas la vérité. Rien ne s’est passé comme prévu, sauf une chose : le meurtre du vieux.

* * *

   Novembre. Les fêtes sont encore loin, surtout pour les paysans qui doivent d’abord se préoccuper de leurs récoltes avant de penser aux jouets qu’ils offriront à leurs enfants, si ils le peuvent. Ne vous méprenez pas sur mes propos. Le Père Noël existe réellement, ou plutôt existait. Mais les enfants choisis par ce vieillard rabougri n’étaient jamais très nombreux, comparés au nombre d’enfants sur cette planète. Le système fonctionnait de la  manière qui suit. Les parents se rendaient au château de la ville la plus proche et devaient inscrire – s’ils le désiraient – le nom de leurs enfants sur une liste qui sera, chaque 1er décembre, ramassée par les esclaves du Père Noël. Esclaves aussi appelés lutins pour éviter tout soulèvement du peuple, et donner sans nul doute bonne conscience aux seigneurs du royaume. C’est ainsi que les pauvres serfs affrontaient vents et marées pour retourner d’où ils venaient : le pôle Nord. Est-il utile de préciser que, malgré leur incapacité à vieillir et donc à mourir par le temps, et leur extrême rapidité, ces pauvres bougres n’étaient pas plus résistants que nous face au grand froid, aux marécages ou même aux tempètes ? Un mort, une liste perdue, des milliers d’enfants oubliés. Lorsque les listes parvenaient enfin au papy glaçon, le vieillard, par je ne sais quel moyen (sûrement de la magie noire, comme son esprit), pouvait deviner rien qu’en lisant un nom si l’enfant méritait ou non d’avoir son cadeau. Peut-être était-ce à la tête du client ou selon ce que chaque nom lui inspirait ? C’est alors que sur chaque liste d’autres centaines voire milliers de noms se voyaient rayés selon le bon vouloir du grand seigneur à la panse bien trop pleine. Une fois cette triste tâche terminée, les lutins repartaient, larmes aux yeux, pour redonner aux châteaux leurs listes respectives. Que ce soit à l’aller ou au retour, les pertes n’étaient jamais nulles. Des soldats de l’Empire étaient ensuite chargés de faire sur chaque porte de maison un cercle couleur or, signe qu’ici le Père Noël et ses esclaves devraient s’arrêter pour donner cadeaux et bonbons demandés. Et voilà ce qui se passait en fin d’année. Mais venons en au fait. Je vais vous raconter comment j’ai fait pour débarrasser l’univers de cet avilisseur.
   Je savais que je n’étais pas un enfant digne de recevoir des cadeaux, fut-ce-t-il le plus petit et le plus insignifiant au monde. Dès mon plus jeune âge on sut que j’étais différent, habité par quelque chose, ou peut-être quelqu’un (et vous connaissez les croyances à cette époque...). Cependant, ce que personne ne savait, c’est que j’étais parfaitement conscient de mon état, de cette envie de faire le mal, de ce besoin qui rongeait mes pensées nuit et jour. J’ai toujours su que j’étais l’opposé d’une entité, et que pour trouver le calme je devais éliminer cette chose, quel qu’en soit le moyen. Lorsque ma mère nous parla pour la première fois du Père Noël – c’était l’année de mon sixième anniversaire – je sus de suite que c’était lui mon « anti-moi ». Malheureusement il était déjà trop tard pour espérer le rencontrer, car le mal entra dans ma vie si tôt que moi-même j’ignorais ce que je faisais. C’est alors que je me mis à réfléchir, et que j’eus l’idée d’utiliser quelqu’un aux idées pures (du moins plus pures que les miennes) pour rédiger ma lettre et signer de mon nom. Je n’ai, bien sûr, laissé aucun témoin de cette intelligente machination, on ne revit jamais mon camarade voisin. Le stratagème, bien qu’incertain, fonctionna finalement à merveille, et le 23 Décembre un soldat vint grossièrement apposer le divin sceau sur notre porte, à la grande stupéfaction de ma mère. J’étais aux anges (façon de parler), c’était à ce moment-là le plus beau jour de ma vie, et je sentis enfin le calme commencer à s’emparer de moi. Il n’y avait plus qu’à réfléchir au moyen de tuer le vieux, puis d’attendre.

* * *

   24 Décembre. Il faisait nuit depuis des heures déjà. Ma mère et ma soeur s’étaient endormies près du modeste feu qui rendit son dernier souffle précisément au moment où j’entendis un bruit sourd sur le toit. C’était lui. Enfin ! Mon ennemi de toujours, celui qui torturait mon esprit noir et plein de tourments. L’impatience était à son comble. Il entra par la cheminée, la suie s’écroulait sur les cendres encore chaudes, je gardai mon calme. Malgré le bruit qu’il fit, personne ne se réveilla, car c’est aussi ça la magie de Noël : on sait qu’il existe, mais personne ne le voit... J’étais assis sur une vieille chaise en bois, tournant le dos à la cheminée, une lanterne posée sur les cuisses. Lorsqu’il leva la tête, il s’arrêta un instant, j’imagine qu’il se demandait si j’étais éveillé ou si je dormais dans cette posture. Il s’approcha alors de moi, j’entendais le sol craquer sous son poids de baleine. Son souffle était comparable à celui d’un asthmatique à qui on aurait ordonné de labourer les champs de Madame Rastilla. J’étais tout excité à l’idée de voir sa sale gueule ridée, bouffée par le froid et l’alcool, et cet air triste qui ferait pisser de tristesse le pire des démons. Je me serais mis à éclater de rire pour ensuite lui sauter à la gorge et lui arracher cette tronche ingrate. Mais il en fut autrement, car si il y a bien une chose qu’on apprend en huit siècles, c’est que les évènements se déroulent rarement comme on les avait prévus.
   Lorsqu’il fut assez proche, je me retournai torche à la main et éclairai son visage de pépé. Or ce que je découvris fut bien différent de mes ignobles attentes. Loin du visage usé par le temps, c’était un visage d’ange qui se tenait devant moi, d’une peau si pure que même un dieu en aurait été jaloux, d’un rose si tendre que même les mains de la plus belle créature seraient passées pour une matière écoeurante au possible. Non, cet homme était le Bien, la réincarnation de la bonté, de la gentillesse, de la pureté. N’importe qui sur cette terre aurait eu pitié de cet ange grotesque. Sauf moi. Même si un aspect dégueulasse m’aurait plus que réjoui, penser que j’allais prendre la vie d’une merveille de la nature me rendit encore plus heureux. Dès qu’il aperçut cette lueur au fond de mes yeux, je pus lire l’effroi sur son visage dépourvu de la moindre ridule, et sans même lui laisser le temps de penser, je fracassai ma lanterne avec une telle violence que le vieux s’écroula et fit trembler les murs. Sa barbe prit feu et, gisant sur le sol à moitié assommé, il poussa des petits cris aigus, proches de celui d’une souris. Quel spectacle jouissif, je me sentais un peu plus heureux au fur et à mesure que le grassouillet se rapprochait de l’inéluctable. Lorsqu’il eut fini de gigoter et de gémir comme une bestiole sauvage, j’assistai à un des plus beaux spectacles qu’il m’eut été donné de voir. Le feu m’entourait, tandis que lui rotissait comme une truie pleine de petits, la chaleur pénétrait ma peau et envahissait mes sens, je connaissais pour la première fois le vrai bonheur et la liberté.
   Quelques heures plus tard, il ne restait plus grand chose du lieu maudit. Ma mère et ma soeur périrent en même temps que la légende barbue, mais je ne ressentis aucune tristesse ou remord, encore aujourd’hui et malgré le fait que je sois responsable. Personne ne sut ce qui se passa vraiment, et tous me comptèrent parmi les victimes. Le mythe du Père Noël s’éteignit.

Ce jour fut finalement le plus beau de ma vie.

* * *

FIN
©2007-2009 ~munchou
:iconmunchou:

Author's Comments

Voici la vraie histoire du Père Noël, l'histoire de sa mort, de son meurtre par un être bizarre, il y a très longtemps de ça.

C'est ma première nouvelle, j'espère que ça vous plaira.

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This is the real story about Santa Claus, and how he died, killed by someone strange a long time ago.

The text is in french. If someone wants to translate it, he's off course welcome ! ^^

It's my first short story, hope you'll like it.

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December 25, 2007
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